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Pharmacologie de la longévité : les molécules sous surveillance scientifique

Pilules et capsules pharmaceutiques alignées sur une surface en marbre sombre

Un sous-ensemble de molécules développées pour des indications classiques (diabète, immunosuppression, hypertension, dyslipidémie) fait l'objet d'une attention croissante dans le champ de la longévité. Pas parce qu'elles ont été conçues dans cette optique. Mais parce que les données accumulées, parfois sur des décennies, révèlent des effets qui dépassent leur cible initiale : réduction de l'inflammation systémique, activation de l'autophagie, protection vasculaire, mimétisme de la restriction calorique.

Ce panorama ne constitue ni une recommandation ni un protocole. C'est un état des lieux scientifique, factuel et critique, des molécules que la recherche sur le vieillissement surveille avec le plus d'attention. Chacune est un composé pharmaceutique soumis à autorisation, avec un profil de risque documenté. Leur détournement hors des indications approuvées, sans accompagnement par un professionnel de santé, relève de l'imprudence.

Les géroprotecteurs métaboliques : rapamycine et metformine

Rapamycine : inhibition de mTOR et paradigme de l'autophagie

La rapamycine (sirolimus) occupe une position singulière dans ce paysage. C'est la seule molécule à avoir produit, de façon reproductible et dans des conditions expérimentales rigoureuses, une extension significative de la durée de vie chez le mammifère.

En 2009, l'Interventions Testing Program (ITP) du NIH a publié des résultats qui ont reconfiguré le champ. La rapamycine, administrée à des souris génétiquement hétérogènes à partir de 600 jours d'âge (l'équivalent approximatif de 60 ans chez l'humain), prolongeait la durée de vie médiane de 9 à 14 % (PubMed). Des travaux ultérieurs de Miller et al. ont montré qu'à dose élevée, cette extension atteignait 23 % chez les mâles et 26 % chez les femelles (PubMed). L'ampleur de ce résultat est sans équivalent dans la pharmacologie expérimentale du vieillissement.

Le mécanisme central passe par l'inhibition de mTORC1 (mammalian Target of Rapamycin Complex 1), un complexe protéique qui fonctionne comme un régulateur central de la croissance cellulaire. En conditions normales, mTORC1 stimule la synthèse de nouvelles protéines et réprime l'autophagie (le système de recyclage interne de la cellule). En freinant mTORC1, la rapamycine libère les processus de nettoyage cellulaire : dégradation des protéines mal repliées, élimination des mitochondries dysfonctionnelles, réduction de la charge sénescente (l'accumulation de cellules endommagées qui ne se divisent plus). L'autophagie ainsi restaurée reconstitue le pool d'acides aminés intracellulaires et maintient l'homéostasie protéique que le vieillissement dégrade progressivement. La rapamycine atténue également la composante inflammatoire chronique du vieillissement en modulant la sécrétion de cytokines pro-inflammatoires (IL-6, TNF-alpha), un effet particulièrement pertinent dans le contexte de l'inflammaging (l'inflammation chronique de bas grade qui s'installe avec l'âge).

+23-26 %
Extension de vie médiane (souris)

Prolongation de la durée de vie médiane chez la souris par la rapamycine à haute dose, observée dans les études ITP indépendantes du NIH.

Le passage à l'humain a commencé, prudemment. En 2014, Mannick et al. ont montré que l'évérolimus (un analogue de la rapamycine) améliorait la réponse immunitaire à la vaccination antigrippale chez des sujets âgés de plus de 65 ans, un marqueur direct de l'immunosénescence (le déclin du système immunitaire lié à l'âge) (PubMed). Ce résultat a frappé les esprits : un inhibiteur de mTOR, censé être immunosuppresseur, améliorait paradoxalement la fonction immunitaire des personnes âgées. L'explication réside dans la distinction entre immunosuppression aiguë à haute dose et restauration de la qualité immunitaire à faible dose intermittente.

L'essai PEARL explore la tolérance de protocoles intermittents chez l'humain sain. Cette approche est motivée par un constat précis : l'inhibition chronique de mTOR altère la sensibilité à l'insuline, provoque des aphtes buccaux, retarde la cicatrisation et perturbe le profil lipidique. Ces effets proviennent en grande partie de l'inhibition secondaire de mTORC2, le second complexe mTOR (impliqué dans la régulation de l'insuline et la survie cellulaire), qui n'intervient qu'après plusieurs semaines d'exposition continue. L'hypothèse de travail actuelle est que des protocoles intermittents (quelques jours d'exposition suivis de semaines d'interruption) pourraient capturer les bénéfices de l'inhibition de mTORC1 tout en laissant mTORC2 intact. Cette piste est biologiquement cohérente mais reste à valider en essai contrôlé chez l'humain.

Metformine : activation d'AMPK et mimétisme de la restriction calorique

La metformine est le composé le plus prescrit au monde pour le diabète de type 2. Les données qui ont attiré l'attention de la communauté longévité ne proviennent pas d'essais conçus dans cette optique. Elles proviennent d'observations épidémiologiques massives.

En 2014, Bannister et al. ont analysé les données de 180 000 personnes au Royaume-Uni et mis en évidence un résultat contre-intuitif : les diabétiques de type 2 sous metformine avaient une mortalité toutes causes inférieure à celle de témoins non diabétiques appariés sur l'âge (PubMed). Ce résultat observationnel ne prouve pas la causalité. Mais il a généré une hypothèse suffisamment robuste pour justifier un essai interventionnel dédié.

L'étude TAME (Targeting Aging with Metformin), dirigée par Nir Barzilai à l'Albert Einstein College of Medicine, est le premier essai clinique randomisé à cibler explicitement le vieillissement comme endpoint composite. Elle recrute 3 000 sujets âgés de 65 à 79 ans et évalue si la metformine retarde l'apparition d'un ensemble de conditions liées à l'âge : déclin cognitif, événements cardiovasculaires, cancer, mortalité (PubMed). L'enjeu dépasse la molécule elle-même. Si l'essai est positif, il créera un précédent réglementaire en établissant le vieillissement comme indication clinique légitime auprès de la FDA. Ce serait une rupture conceptuelle : la première reconnaissance institutionnelle que le vieillissement lui-même est une cible modifiable.

Le mécanisme d'action de la metformine dans le contexte de la longévité repose sur l'activation de l'AMPK (AMP-activated protein kinase), le senseur énergétique de la cellule. Quand l'énergie disponible diminue, l'AMPK s'active et réoriente la cellule vers l'économie et la maintenance : elle freine mTORC1, stimule l'autophagie et améliore la sensibilité à l'insuline. La metformine inhibe également le complexe I de la chaîne respiratoire mitochondriale (une des étapes de la production d'énergie cellulaire), ce qui modifie le rapport AMP/ATP intracellulaire et mime partiellement l'état de restriction calorique. Cet effet a été décrit comme un mimétique pharmacologique du jeûne, activant les mêmes voies protectrices sans imposer de déficit alimentaire.

Les limites sont documentées et non négligeables. Konopka et al. ont montré que la metformine atténue les gains de VO2max et de synthèse protéique musculaire induits par l'exercice chez les personnes âgées (PubMed). Pour une population qui cherche à maintenir sa capacité physique (et la science de la longévité identifie l'exercice comme l'intervention la plus robuste), cette interférence avec les adaptations à l'effort constitue une limitation réelle. Le compromis entre bénéfice métabolique systémique et performance musculaire reste un point de débat actif. Certains chercheurs suggèrent une fenêtre temporelle de séparation entre la prise de metformine et l'exercice, mais cette stratégie n'est pas encore validée par des essais dédiés.

La protection cardiovasculaire comme stratégie de longévité

Les pathologies cardiovasculaires restent la première cause de mortalité liée à l'âge dans les pays industrialisés. Plusieurs molécules développées pour des indications cardiovasculaires classiques montrent des effets qui intéressent la recherche sur la longévité, non pas parce qu'elles ralentissent le vieillissement en soi, mais parce qu'elles ciblent les mécanismes vasculaires et métaboliques qui se dégradent le plus tôt et le plus systématiquement au cours de la vie.

Tadalafil : fonction endothéliale et monoxyde d'azote

Le tadalafil est un inhibiteur de la phosphodiestérase de type 5 (PDE5). Son mécanisme d'action consiste à empêcher la dégradation du GMPc, une molécule de signalisation qui prolonge l'effet vasodilatateur du monoxyde d'azote (NO). Cette action dépasse largement son indication initiale. Le NO est un vasodilatateur endogène dont la biodisponibilité décline avec l'âge, contribuant à la rigidité artérielle, à l'hypertension et à la dysfonction endothéliale. Ce déclin du NO constitue l'un des événements les plus précoces de la dégradation vasculaire liée à l'âge, détectable dès la quatrième décennie de vie.

À dose quotidienne faible, le tadalafil améliore la fonction endothéliale mesurée par flow-mediated dilation (FMD, un test qui évalue la capacité d'une artère à se dilater en réponse au flux sanguin), réduit les marqueurs d'inflammation vasculaire et améliore la perfusion tissulaire (PubMed). La demi-vie longue du tadalafil (17,5 heures, contre 4 heures pour le sildenafil) permet une couverture pharmacologique continue à faible dose, maintenant un tonus vasodilatateur stable sur 24 heures. Des données issues de cohortes observationnelles suggèrent une réduction des événements cardiovasculaires chez les utilisateurs chroniques, bien que ces observations n'aient pas encore fait l'objet d'un essai randomisé spécifiquement conçu pour évaluer cet endpoint dans un contexte de vieillissement vasculaire.

L'intérêt pour la longévité réside dans le rôle central du NO dans la biologie vasculaire du vieillissement. La dysfonction endothéliale précède de plusieurs décennies les événements cardiovasculaires cliniques. Au-delà de la vasodilatation, le NO exerce des effets anti-agrégants plaquettaires, anti-prolifératifs sur les cellules musculaires lisses vasculaires et anti-inflammatoires sur l'endothélium. Maintenir la signalisation NO constitue, mécanistiquement, une intervention en amont sur la cascade athéroscléreuse.

Candesartan : blocage du récepteur AT1 et biologie du vieillissement organique

Le candesartan est un antagoniste des récepteurs de l'angiotensine II de type 1 (ARB). Son effet antihypertenseur est bien établi. Ce qui intéresse la recherche sur le vieillissement, c'est la biologie du récepteur AT1R lui-même, au-delà de la régulation tensionnelle.

Des souris dont le gène du récepteur AT1a a été invalidé (AT1R knockout) vivent significativement plus longtemps que les souris sauvages, environ 26 % de durée de vie supplémentaire, avec une réduction marquée du stress oxydatif cardiaque et rénal (PubMed). Ce résultat publié dans le Journal of Clinical Investigation a conduit à une hypothèse provocatrice : la signalisation chronique via AT1R contribue au vieillissement vasculaire et organique indépendamment de la pression artérielle. Le récepteur AT1R active la NADPH oxydase, un complexe enzymatique qui constitue une source majeure de radicaux libres dans la paroi vasculaire. Il stimule la fibrose, favorise l'hypertrophie cardiaque et accélère la sénescence des cellules endothéliales. Bloquer ce récepteur pharmacologiquement reviendrait à atténuer un moteur chronique de dommages tissulaires.

L'essai CHARM (Candesartan in Heart Failure Assessment of Reduction in Mortality and Morbidity) a montré une réduction de la mortalité cardiovasculaire et des hospitalisations chez des sujets présentant une insuffisance cardiaque, y compris à fraction d'éjection préservée (une condition fréquemment liée au vieillissement cardiaque) (PubMed). Des données précliniques récentes suggèrent un effet neuroprotecteur du blocage AT1R, avec une réduction de la neuroinflammation et une préservation de la fonction cognitive dans des modèles murins de vieillissement cérébral. L'angiotensine II traverse la barrière hémato-encéphalique et active les cellules microgliales via AT1R, entretenant une inflammation de bas grade qui contribue au déclin cognitif.

Empagliflozine et inhibiteurs SGLT2 : glycosurie thérapeutique et restriction calorique pharmacologique

Les inhibiteurs du cotransporteur sodium-glucose de type 2 (SGLT2) constituent peut-être la classe la plus intrigante dans ce panorama. L'empagliflozine et la canagliflozine agissent par un mécanisme d'une simplicité remarquable : elles empêchent les reins de réabsorber le glucose filtré, provoquant une glycosurie thérapeutique, c'est-à-dire une excrétion contrôlée de glucose dans les urines (60 à 80 grammes par jour, soit 240 à 320 kilocalories).

Ce mécanisme crée un déficit calorique artificiel qui mime certains effets métaboliques de la restriction calorique : réduction de la glycémie basale, diminution de l'insulinémie, augmentation de la cétogenèse, perte de masse grasse viscérale. L'AMPK est activée par la déplétion énergétique, mTORC1 est freinée en aval. Le profil métabolique qui en résulte reproduit plusieurs signatures de la restriction calorique sans imposer de modification alimentaire.

L'essai EMPA-REG OUTCOME a démontré une réduction de 38 % de la mortalité cardiovasculaire sous empagliflozine chez des sujets diabétiques à haut risque (PubMed). Ce résultat, d'une amplitude inhabituelle pour un essai cardiovasculaire, a surpris la communauté médicale. La réduction de mortalité est apparue dès les premiers mois de l'essai, trop tôt pour s'expliquer par le seul contrôle glycémique. Les mécanismes invoqués dépassent effectivement la glycémie : réduction de la précharge cardiaque par natriurèse osmotique (élimination accrue de sodium et d'eau par les reins, qui allège le travail du coeur), amélioration de l'énergétique myocardique par passage d'un métabolisme glucosé à un métabolisme des corps cétoniques (le bêta-hydroxybutyrate, un carburant alternatif plus efficient pour le muscle cardiaque), et réduction du stress oxydatif rénal par diminution de la réabsorption tubulaire de sodium et de glucose.

La canagliflozine a ajouté une dimension directement pertinente pour la recherche sur le vieillissement. C'est le premier inhibiteur SGLT2 testé dans l'Interventions Testing Program du NIH pour son effet direct sur la longévité chez la souris. Les résultats montrent une extension de durée de vie chez les souris mâles, cohérente avec l'hypothèse que la glycosurie thérapeutique reproduit une partie du bénéfice de la restriction calorique (PubMed). Ce résultat est significatif : c'est la première fois qu'un composé agissant via la déplétion énergétique (plutôt que via l'inhibition d'une voie de signalisation comme mTOR) prolonge la vie dans ce programme standardisé. L'absence d'effet chez les femelles soulève des questions sur le dimorphisme sexuel de la réponse métabolique, un thème récurrent dans la biologie du vieillissement.

Evolocumab : optimisation agressive du LDL-cholestérol

L'evolocumab (Repatha) est un anticorps monoclonal qui cible la PCSK9, une protéine qui régule la dégradation des récepteurs LDL à la surface du foie. En temps normal, la PCSK9 détruit ces récepteurs, ce qui réduit la capacité du foie à capter le LDL-cholestérol circulant. En inhibant PCSK9, l'evolocumab augmente la densité de récepteurs LDL à la surface des hépatocytes et réduit le LDL-cholestérol circulant de 50 à 60 % en moyenne, atteignant des niveaux que les statines seules ne peuvent produire.

L'essai FOURIER, conduit sur plus de 27 000 sujets à haut risque cardiovasculaire, a démontré une réduction de 15 % des événements cardiovasculaires majeurs (infarctus, AVC, mortalité cardiovasculaire) sous evolocumab ajouté aux statines (PubMed). L'analyse des sous-groupes a révélé un gradient dose-réponse clair : plus le LDL est bas, plus le bénéfice cardiovasculaire est important, sans seuil de danger identifié. Des sujets atteignant un LDL inférieur à 0,5 g/L continuaient à bénéficier d'une protection supplémentaire.

Dans le contexte de la longévité, cette observation alimente la thèse du « LDL le plus bas possible ». L'athérosclérose est un processus cumulatif qui commence dès la deuxième décennie de vie. Chaque année d'exposition à un LDL élevé ajoute une couche de lipides à la paroi artérielle. Réduire l'exposition cumulée au LDL (la « charge athérogène ») aussi tôt et aussi bas que possible constitue, selon cette lecture, une stratégie de prévention du vieillissement cardiovasculaire. Les données génétiques de randomisation mendélienne (une méthode qui utilise les variants génétiques naturels comme « expérience naturelle » pour établir des liens de cause à effet) soutiennent cette hypothèse : les variants génétiques associés à un LDL naturellement bas confèrent une protection cardiovasculaire proportionnelle à la durée d'exposition, et ces individus ne présentent aucun effet délétère lié à des niveaux très bas de LDL sur plusieurs décennies.

Les agonistes incrétines : au-delà de la perte de poids

Les agonistes du récepteur GLP-1 (sémaglutide) et les doubles agonistes GLP-1/GIP (tirzépatide) ont transformé la prise en charge de l'obésité et du diabète de type 2 en l'espace de quelques années. Leur pertinence pour la longévité dépasse considérablement la perte pondérale, et les données récentes suggèrent que ces molécules modifient des paramètres biologiques fondamentaux du vieillissement.

L'essai SELECT, conduit sur plus de 17 600 sujets en surpoids avec antécédents cardiovasculaires, a montré que le sémaglutide réduisait les événements cardiovasculaires majeurs de 20 %, et cette réduction persistait après ajustement sur la perte de poids (PubMed). Ce résultat a déplacé la discussion de façon décisive. Les agonistes GLP-1 ne sont pas seulement des agents de satiété agissant sur l'hypothalamus. Ils exercent des effets anti-inflammatoires systémiques directs, réduisant la CRP, l'IL-6 et le TNF-alpha circulants. Or l'inflammation chronique de bas grade est l'un des mécanismes transversaux du vieillissement biologique, alimentant l'athérosclérose, la résistance à l'insuline, la neurodégénérescence et la sénescence cellulaire.

Le tirzépatide, double agoniste GLP-1/GIP, ajoute une dimension supplémentaire. En ciblant simultanément deux récepteurs incrétines, il produit une perte pondérale plus importante et une amélioration plus marquée de la sensibilité à l'insuline. Les essais SURPASS et SURMOUNT ont montré des réductions de l'HbA1c (hémoglobine glyquée, un indicateur du contrôle glycémique sur trois mois) et de poids corporel qui surpassent celles obtenues par le sémaglutide seul. La signalisation GIP, longtemps considérée comme diabétogène, semble exercer des effets protecteurs sur le tissu osseux et le système nerveux central lorsqu'elle est coactivée avec le GLP-1.

Les données précliniques sur ces molécules suggèrent des effets neuroprotecteurs. Des essais cliniques de phase II et III sont en cours pour évaluer l'impact du sémaglutide sur la progression de la neurodégénérescence. L'hypothèse mécanistique repose sur la réduction de la neuroinflammation, l'amélioration de la sensibilité cérébrale à l'insuline et la restauration de la signalisation dopaminergique, trois paramètres qui se dégradent avec l'âge. Si ces essais confirment un bénéfice cognitif, les agonistes GLP-1 pourraient devenir les premières molécules à démontrer simultanément un bénéfice cardiovasculaire, métabolique et neurologique.

Limites, précautions et convergence des voies biologiques

La convergence des mécanismes

En examinant ces molécules ensemble, un schéma émerge. Les voies biologiques qu'elles ciblent ne sont pas indépendantes. La rapamycine inhibe mTORC1. La metformine active AMPK, qui inhibe mTORC1 en amont. Les inhibiteurs SGLT2 créent un déficit énergétique qui active AMPK. Les agonistes GLP-1 réduisent l'inflammation systémique que l'hyperactivation de mTOR entretient. Le blocage AT1R réduit le stress oxydatif qui accélère la sénescence cellulaire. L'optimisation du LDL par anti-PCSK9 ralentit le processus athéroscléreux cumulatif. Le tadalafil maintient la signalisation NO qui protège l'endothélium en amont de tous ces processus.

Ces molécules convergent vers les mêmes axes biologiques que la restriction calorique, l'exercice physique et le jeûne intermittent activent par des voies naturelles : AMPK, autophagie, réduction de l'inflammation chronique, amélioration de la sensibilité à l'insuline. Cette convergence n'est pas un hasard. Elle reflète le fait que le vieillissement n'est pas une collection de pathologies indépendantes, mais un ensemble de processus interconnectés qui s'amplifient mutuellement.

Les limites structurelles de l'approche pharmacologique

Plusieurs réserves fondamentales doivent tempérer l'enthousiasme. Premièrement, la quasi-totalité des données d'extension de vie proviennent de modèles murins. La traduction à l'humain reste incertaine : les souris de laboratoire vivent dans un environnement contrôlé, sans les variables confondantes de la vie humaine. Deuxièmement, l'utilisation combinée de ces molécules n'a fait l'objet d'aucun essai contrôlé dans un contexte de longévité. Les interactions pharmacologiques potentielles sont mal caractérisées. Troisièmement, la sélection du profil biologique approprié pour chaque intervention est un prérequis que la recherche n'a pas encore formalisé : une molécule bénéfique pour un profil métabolique donné peut se révéler neutre ou délétère pour un autre.

Le biais de survie dans les études observationnelles (comme celle de Bannister sur la metformine) constitue un piège méthodologique reconnu. Les sujets qui tolèrent bien un composé sur le long terme ne sont pas représentatifs de l'ensemble de la population. Seuls les essais randomisés comme TAME permettront de trancher.

La question centrale n'est plus de savoir si la pharmacologie peut influencer la trajectoire du vieillissement. Les données animales et les premiers essais humains indiquent que oui. La question est de savoir à quel prix, pour quel profil biologique, et selon quel protocole. Les résultats de l'étude TAME, attendus dans les prochaines années, fourniront un premier élément de réponse structurant. D'ici là, la prudence impose de distinguer clairement ce qui est démontré de ce qui reste hypothétique. Et de rappeler que les interventions les plus robustes sur la longévité humaine restent, à ce jour, non pharmacologiques : activité physique régulière, alimentation calibrée, sommeil réparateur et gestion du stress chronique. La pharmacologie de la longévité ne remplacera pas ces fondamentaux. Elle pourra, au mieux, les compléter pour les profils biologiques qui en bénéficieront le plus.

Questions fréquentes


Références

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