PP405 est une molécule appliquée sur le cuir chevelu qui réveille les cellules souches endormies du follicule pileux en changeant la façon dont elles produisent leur énergie. Le mécanisme est un aiguillage. Une cellule tire son énergie du sucre, qu'elle dégrade d'abord en un carburant intermédiaire, le pyruvate ; ce pyruvate est ensuite acheminé vers la mitochondrie, l'usine à énergie de la cellule, pour y être brûlé. PP405 ferme cette porte d'entrée. Le pyruvate s'accumule alors et la cellule le convertit en lactate, la molécule que produit aussi le muscle à l'effort, et c'est cette montée du lactate qui sert de signal de réveil. L'observation fondatrice date de 2017 et vient des laboratoires de Heather Christofk et William Lowry, à l'université de Californie à Los Angeles, qui ont ensuite fondé Pelage Pharmaceuticals pour la développer (PubMed).
Le programme clinique tient aujourd'hui en trois faits : un essai de phase 2a achevé le 1er octobre 2025, un chiffre d'efficacité qui a circulé dans le monde entier, et aucune phase 3 enregistrée à ce jour. L'écart entre ces trois faits est le sujet de cet article.
L'aiguillage du pyruvate
Les cellules souches du follicule pileux logent dans le bulge, un renflement situé à mi-hauteur de la racine du cheveu, où elles passent la plus grande partie du temps au repos. L'équipe de l'UCLA a montré qu'elles y produisent malgré tout leur énergie par la voie courte, la glycolyse, qui dégrade le sucre sans passer par la mitochondrie, et qu'elles fabriquent plus de lactate que le reste de la peau. Chez la souris, supprimer l'enzyme qui fabrique ce lactate garde les follicules au repos ; supprimer au contraire le transporteur qui fait entrer le pyruvate dans la mitochondrie accélère leur réveil et le cycle du poil. Appliquée sur la peau de souris, une molécule qui bloque ce transporteur, l'UK-5099, produisait une pousse visible en huit jours (PubMed).
Ce détour ne prive pas la cellule d'énergie. En convertissant le pyruvate en lactate dans le cytoplasme, le corps de la cellule autour du noyau, elle régénère au passage une molécule dont la glycolyse a besoin pour continuer de tourner, le NAD+. Elle bascule ainsi vers un fonctionnement de type glycolytique, et c'est cet état, davantage que la quantité d'énergie disponible, qui gouverne sa sortie de dormance.
Pelage a tiré sa molécule d'un travail de chimie publié en 2021, qui a retouché l'UK-5099 pour la rendre plus puissante. Le meilleur composé de la série bloque le transporteur à une concentration environ trois fois plus faible que la molécule de départ (PubMed). Une extension de ces travaux a montré que fermer l'entrée du pyruvate relance le cycle du poil chez des souris devenues rétives sous l'effet de l'âge, d'une chimiothérapie répétée ou du stress, avec des follicules d'aspect normal au microscope après trente à quarante jours (PubMed).
La pertinence de cette cible chez l'humain repose sur une observation antérieure. Un cuir chevelu dégarni conserve ses cellules souches ; ce qu'il a perdu, ce sont les cellules filles que ces souches devraient engendrer pour fabriquer un cheveu (PubMed). La réserve est donc intacte, et c'est le relais qui ne se fait plus. PP405 fait le pari qu'on peut le rétablir sans passer par la voie hormonale : la molécule laisse agir la dihydrotestostérone, l'hormone qui miniaturise les follicules dans la calvitie, et travaille sur l'état métabolique de la cellule.
Ce que l'essai de phase 2a a réellement enregistré
L'essai NCT06393452 a inclus 78 hommes et femmes de 18 à 55 ans atteints d'alopécie androgénétique, la calvitie commune liée aux hormones, sur huit sites américains. Les participants recevaient au hasard le gel actif à 0,05 % ou un gel identique dépourvu de principe actif, ni eux ni les médecins ne sachant qui recevait quoi. Une application par jour pendant 28 jours, un suivi porté à douze semaines, puis trois mois de prolongation où tout le monde recevait le produit actif (étude).
Avant de commencer, tout essai déclare au registre public ce qu'il va mesurer : ce sont ses critères de jugement. Celui-ci en a déclaré deux comme principaux, et ils portent tous deux sur la tolérance : la proportion de participants ayant présenté un effet indésirable lié au traitement, et l'évolution de l'irritation cutanée au point d'application. Le seul critère secondaire est la quantité de produit retrouvée dans le sang. Aucune mesure de repousse ne figure au registre, à aucun rang, dans aucune des versions déposées depuis avril 2024.
L'essai de phase 2a a déclaré au registre deux mesures de tolérance et une mesure du passage du produit dans le sang. Aucune mesure de densité ou de repousse n'y figure.
Le chiffre qui a fait le tour du monde vient d'un communiqué de l'entreprise daté du 17 juin 2025. Il énonce qu'à la semaine 8, quatre semaines après la fin du traitement, chez les hommes présentant un degré plus élevé de perte de cheveux, 31 % de ceux traités par PP405 ont montré une augmentation de plus de 20 % de la densité capillaire, contre 0 % sous placebo (communiqué).
Rapporté ainsi, le chiffre est exact. Sa portée est une autre question. Il concerne un sous-groupe d'un seul sexe dont on ignore combien d'hommes il comptait ; le seuil à partir duquel une perte devient « plus élevée » n'est précisé nulle part ; celui des 20 % n'apparaît dans aucune version du registre. Rien n'accompagne non plus le pourcentage pour indiquer la probabilité qu'il soit dû au hasard, ni la fourchette dans laquelle se situerait le vrai résultat. Le communiqué de juin 2025 qualifiait la réponse de statistiquement significative, terme que les communiqués suivants ont abandonné.
Onze mois après l'achèvement de l'essai, les résultats détaillés ne sont toujours pas déposés sur le registre. Aucune publication évaluée par les pairs ne rapporte les données cliniques de PP405 : une interrogation de PubMed ne renvoie qu'une revue de veille parue en juillet 2026, qui cite elle-même les communiqués de presse comme source (PubMed).
La présentation faite au congrès de l'American Academy of Dermatology, le 28 mars 2026 à Denver, n'a pas comblé cet écart. Elle a introduit une métrique nouvelle, le Follicular Unit Count, qui compte les unités folliculaires portant au moins un cheveu, et elle a montré de l'imagerie avant-après. Le communiqué qui l'annonçait ne contient aucun chiffre nouveau : ni effectif, ni pourcentage, ni donnée à douze semaines, ni résultat chez la femme (communiqué).
Les données qui vont dans l'autre sens
Un résultat humain publié va dans le sens inverse de ce qu'on observe chez la souris. Une équipe de l'université de Manchester a prélevé de vrais follicules de cuir chevelu humain et les a maintenus vivants en laboratoire, hors du corps. En bloquant le transporteur, les cellules du follicule ont cessé de se diviser, y compris les cellules souches. L'analyse des gènes activés montrait que le follicule avait déclenché son programme de détresse, celui qu'une cellule met en route quand elle manque de ressources et qui met sa division en pause ; bloquer ce programme levait l'arrêt (PubMed).
Trois réserves encadrent ce résultat : la molécule testée est l'UK-5099 et non PP405, le follicule était cultivé hors du corps et sur une courte durée, et une dose qui agit bien sur un organisme vivant peut se révéler toxique sur un fragment isolé. Il reste que la seule donnée publiée sur follicule humain contredit la direction attendue, et qu'aucune donnée humaine de PP405 ne lui répond.
La seconde réserve touche au risque de cancer, et elle est inscrite dans la biologie de la cible. Le même transporteur contrôle les cellules souches de l'intestin, où le supprimer les fait proliférer davantage et augmente leur nombre (PubMed). Réveiller des cellules souches est un objectif thérapeutique doublé d'un risque théorique, puisque c'est aussi ce que fait une tumeur naissante. Les laboratoires fondateurs ont publié des travaux qui atténuent l'inquiétude, en montrant que la voie du lactate n'était pas nécessaire au développement d'un cancer de la peau chez la souris (PubMed), mais ces travaux émanent des inventeurs de la molécule. L'argument le plus robuste reste qu'on n'a retrouvé aucune trace du produit dans le sang, sur quatre semaines et chez 78 sujets.
Reste la question de l'amplitude. Le finastéride a été évalué chez 1 553 hommes pendant un an, en comptant les cheveux d'une zone de 5,1 cm² au sommet du crâne, délimitée et mesurée de la même façon avant et après : 107 cheveux de plus que sous placebo à un an, soit environ 21 par centimètre carré (PubMed). Ce comptage était annoncé d'avance, réalisé par des évaluateurs ignorant qui recevait quoi, et publié ; il sert de mètre étalon depuis 1998. PP405 a communiqué un taux de répondeurs à huit semaines, sur un critère absent du registre. Les deux mesures ne se comparent pas, et l'absence de données publiées est précisément ce qui rend l'écart impossible à trancher.
Sur 1 553 hommes suivis un an, le comptage annoncé d'avance d'une zone de 5,1 cm² au sommet du crâne montrait 107 cheveux de plus que sous placebo. PP405 n'a publié aucun comptage équivalent.
L'état du programme au 29 août 2026
Pelage a levé 120 millions de dollars en série B le 15 octobre 2025, sous la conduite conjointe d'ARCH Venture Partners et de GV. Le communiqué annonçait le lancement en 2026 d'un essai de phase 3 dans l'alopécie androgénétique (communiqué). Le communiqué de juin 2025 l'annonçait déjà, celui de mars 2026 le répétait sous le terme d'études de stade avancé.
Au 29 août 2026, aucun essai de phase 3 de PP405 n'est enregistré. Une interrogation de l'interface de programmation de ClinicalTrials.gov, par promoteur puis par terme, renvoie une seule étude : la phase 2a achevée. Le registre européen CTIS n'en contient aucune. La phase 1 elle-même, désignée PP405-001 dans le résumé de la phase 2a, n'apparaît sur aucun de ces deux registres (étude).
Un jalon plus discret est tombé le 19 juillet 2026. L'Organisation mondiale de la santé attribue à chaque médicament un nom générique unique et universel, celui qui figurera un jour sur la notice ; elle a publié le nom « suvomipic », décrit comme un bloqueur du transporteur du pyruvate, avec sa formule chimique et son numéro d'enregistrement international, le 2260696-63-5 (OMS). Dans les bases publiques de structures chimiques, ce numéro désigne le composé JXL069, issu du travail de chimie de 2021 (PubChem). On n'attribue pas ce nom à une molécule de laboratoire, mais à une molécule qu'on destine au marché : c'est un signal d'intention. Ni l'OMS ni Pelage n'écrivent toutefois que suvomipic désigne PP405. Le rapprochement est plausible, il n'est pas documenté.
La conséquence pratique de cette publication est que la structure de la molécule devient accessible à des tiers. Pour un produit qui s'applique sur la peau, la molécule ne fait que la moitié du travail : c'est le liquide qui la porte, le véhicule, qui décide de la quantité qui franchit la peau, de sa stabilité et de ce qui atteint réellement le follicule. Des essais individuels menés avec la molécule seule, hors de la formulation clinique, ne renseignent donc dans aucun sens.
Aucune désignation réglementaire particulière n'a été annoncée, aucune date de dépôt, aucun prix, aucune date de disponibilité. Les échéances d'approbation qui circulent, de 2027 à 2032 selon les sources, proviennent de journalistes et de blogueurs, jamais de l'entreprise. Le jeu de données complet de la phase 2a, promis pour une prochaine réunion médicale, n'a pas été présenté.
Ce qu'il reste à surveiller tient en trois éléments datables : le dépôt des résultats de NCT06393452 sur le registre, l'apparition d'un numéro d'enregistrement de phase 3, et une première publication évaluée par les pairs. Aucun des trois n'était survenu au moment où cet article a été écrit.
Ce que le follicule enseigne à la biologie du vieillissement
L'épuisement des cellules souches figure parmi les marqueurs du vieillissement recensés par López-Otín et ses collègues, dont la mise à jour de 2023 pose la réversibilité par intervention thérapeutique comme critère d'inclusion (PubMed). Le follicule pileux est un terrain d'essai privilégié pour ce critère, parce qu'il rejoue un cycle régénératif complet, qu'il est accessible sans chirurgie, et que sa dormance est physiologiquement réversible.
Deux mécanismes coexistent dans son vieillissement, et ils n'appellent pas la même réponse. Le premier est un état : la cellule souche est présente et ne s'active plus, comme dans le cuir chevelu dégarni. Le second est une disparition. À force de dommages accumulés sur l'ADN, la protéine qui amarre les cellules souches à leur niche se dégrade ; les cellules décrochent, remontent vers la surface de la peau et sont éliminées avec les squames, et le follicule rétrécit sans retour (PubMed). Un levier métabolique ne peut agir que sur le premier.
Le lactate, longtemps considéré comme un simple déchet, a changé de statut en 2019. Une équipe a montré qu'il se fixe directement sur les protéines autour desquelles l'ADN s'enroule, et modifie ainsi quels gènes sont lus, sur vingt-huit points d'accrochage identifiés (PubMed). La tentation est grande de relier ce mécanisme à l'activation des cellules souches du follicule. Aucun travail publié ne l'a fait. Le pont reste une hypothèse, et le signaler fait partie d'une lecture honnête du dossier.
À ce stade, le programme PP405 est une démonstration de mécanisme accompagnée d'une promesse de résultat. La biologie est solide et publiée ; les données cliniques ne sont ni l'une ni l'autre. Ce déséquilibre décrit assez bien l'état de la médecine de la longévité en 2026, où l'ambition scientifique circule plus vite que les comptages prédéfinis qui la valideraient. Le jour où sera publié un comptage annoncé d'avance des vrais cheveux, ceux qui sont épais et pigmentés plutôt que du duvet, comparé au gel sans principe actif, il pèsera davantage que tous les taux de répondeurs annoncés jusqu'ici.
Questions fréquentes
Références
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